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Tourisme à Paris : pour une vraie stratégie


Puisque « gouverner, c’est prévoir », Paris serait bien inspiré de définir une stratégie cohérente en matière de tourisme, en tenant compte de deux signaux ; en se fixant deux orientations. Premier signal : en recevant 90 millions de visiteurs l’an passé, dont près de la moitié en Ile-de-France (Paris, Versailles, Disneyland), la France est la première destination touristique du monde. Pourtant, en termes de chiffre d’affaires par touriste, la France n’arrive qu’en 17ème position. Avec 82 millions de touristes par an, l’Espagne encaisse 60 milliards d’euros de recettes contre 54 pour l’Hexagone. Second signal : la France se donne pour objectif d’atteindre les 100 millions de touristes dès l’année prochaine. Cet objectif est largement à portée de main. Le nombre de touristes progresse (+200 millions depuis 2016), bien plus vite que la croissance mondiale (+6% contre 3,2% pour le PIB global), la Chine représentant désormais un cinquième des dépenses touristiques mondiales. Cette évolution est si forte qu'elle provoque des tensions avec les populations locales (Barcelone, Venise, Pérou…). Ces deux signaux appellent donc le renforcement de notre politique touristique, en suivant deux directions. Première orientation : pour augmenter la part du secteur touristique dans le PIB, la France doit renforcer la spécialisation de son offre touristique et Paris doit assumer de monter en gamme. La saturation de certains sites tels que la Tour Eiffel et le rejet croissant du surtourisme dans les centre-villes impliquent une nouvelle répartition des niveaux de gamme entre Paris et l'Ile-de-France. Cette montée en gamme du tourisme parisien est d’autant plus nécessaire que des investissements sont indispensables, à 4 ans des Jeux Olympiques (mise aux normes, production de chambres…). Ainsi, le combat livré par la gauche du conseil de Paris chaque fois qu’il est question d’augmenter le tarif d’entrée à la Tour Eiffel est totalement dépassé. Seconde orientation : le tourisme de masse est incompatible avec les Accords de Paris sur le climat. La Ville de Paris devrait être la première ville à définir une empreinte carbone maximale, en lien avec les professionnels, l'Etat et l'Ademe. Qu’il s’agisse du transport (autocars), des consommations d’énergie ou d’eau et de l’alimentation, les circuits proposés par les tour-operators sont écologiquement inadaptés. Présidé par Anne Hidalgo, le C40, collectif de maires de métropoles engagés pour le climat, ferait davantage œuvre utile en consacrant ses travaux à donner du sens au tourisme, sur le plan culturel et environnemental. Pionnière du tourisme urbain, la Capitale doit désormais montrer un chemin original afin que le tourisme enrichisse les villes tout en continuant à relier les peuples.

 

1/07/2019