Actus

Pour un nouveau service public


La grève que subit actuellement notre pays n'est pas seulement due à l'avenir du système de retraite et à l'iniquité entre secteur privé et fonction publique. Ce conflit social reflète aussi le malaise des agents du service public, dont le salaire a trop peu évolué depuis 2010 alors que leur métier devient de plus en plus difficile (enseignants, policiers, personnels hospitaliers...). Le nombre de fonctionnaires touchant le SMIC a ainsi été multiplié par deux en vingt ans (1,1 millions aujourd'hui). Ce malaise atteint les rangs de l'Etat comme des collectivités locales, au premier rang desquelles se trouve la mairie de Paris. Là-encore, les embauches n'ont pas vraiment diminué (10 000 recrutements supplémentaires depuis 2001), les écarts de salaire sont encore élevés tandis que certains avantages perdurent, grâce à des dispositifs opaques, illisibles et dénoncés par la Cour des comptes (ex : les logements de fonction, dont l'attribution est régie par 17 délibérations distinctes!). Il existe encore une cinquantaine de corps et 23 types de statuts d'emplois fonctionnels à la Ville de Paris, ce qui nuit considérablement à la mobilité et la performance des carrières. Conséquence de cette organisation illisible et peu agile, les agents sont démotivés : le taux d'absentéisme des agents de la Ville atteint presque 12% (8% ailleurs en France) et la Ville de Paris continue de fixer une durée de travail annuelle de 1552 heures, contre 1607 heures pour l'ensemble de la fonction publique territoriale. Sur le terrain, cette inertie affecte la qualité du service : malpropreté récurrente dans nos rues, mauvaise gestion des équipements (horaires inadaptés, travaux incessants, grèves intempestives et "perlées"...), manque de réactivité et d'autonomie des services de sécurité (future police municipale)... Sans l'abnégation et la disponibilité des nombreux agents qui, individuellement, ont encore la vocation chevillée au corps, nos concitoyens seraient encore plus déçus par le déclin du service public municipal. Une mobilisation collective des agents de la Ville s'impose donc, il s'agit probablement du premier défi de la prochaine mandature. Premièrement, le temps de travail effectif doit être rapproché de celui qui prévaut ailleurs en France. La Ville de Paris doit tout complètement rompre avec le détournement de la clause dite de cristallisation, qui permet aux administrations parisiennes de maintenir certaines dérogations extralégales en attendant l'alignement de leurs nombreux statuts. Deuxièmement, la rémunération doit privilégier le mérite, gagner en clarté. Si les bas salaires ont été récemment augmentés, l'écart entre les 10% les mieux payés et les 10% du bas de l'échelle demeure sensiblement plus important que la moyenne nationale, et certaines directions ont vu leurs coûts salariaux croître significativement (communication, secrétariat général...), à la suite d'embauches moins opérationnelles que politiques. Par ailleurs, le système de "rémunérations accessoires" pourrait être simplifié, tout comme celui des primes, en rapprochant notamment les campagnes d'évaluation et d'attribution des primes. Enfin, il faut remettre les élus au coeur du pilotage de la fonction publique parisienne. Chaque année, le Conseil de Paris devrait ainsi être en mesure d'examiner un document établissant, direction par direction, le nombre d'emplois fonctionnels, afin d'analyser et prévoir son évolution. Ce rapport contribuerait ainsi à atteindre des objectifs essentiels pour le service public de la Capitale, qui ont été trop négligés jusqu'à présent : la motivation des agents sur le terrain, la promotion et la mobilité des talents, la transparence des cadres statutaires et l'agilité des directions.

 

9/12/2019