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Logement : passons la seconde


Confrontée au doublement des loyers en 10 ans à Berlin, la municipalité a pris une mesure drastique en gelant la hausse des loyers dans l'ancien, sous peine de lourdes amendes. Ce type d'orientation est-il souhaitable en France et à Paris en particulier ? Pas vraiment; voici pourquoi. D'une part, Berlin constitue un écosystème assez différent de Paris, puisque 80% de ses habitants sont locataires (60% dans la Capitale). De plus, une série de groupes immobiliers contrôlent 3000 logements et influent donc considérablement sur le marché local, ce qui n'est heureusement pas encore le cas en France. D'autre part, en Allemagne comme en France, les conséquences du gel des loyers sont connues : baisse de l'entretien, chute de l'investissement et in fine, érosion du nombre de constructions et de rénovations. Si le blocage des prix est une fausse bonne idée, les décideurs ne peuvent cependant pas se contenter de laisser faire le marché. Face au phénomène de métropolisation, il faut repenser l'aménagement de l'habitat. Il convient tout d'abord de construire là où c'est possible. En Ile-de-France, on en est encore loin, puisque 21% des permis de construire n'aboutissent pas à une production effective de logements. Quant aux délais administratifs, ils sont tout simplement déconnectés des réalités. Par ailleurs, dans la zone dense, le trauma de l'urbanisme sur dalle ne doit pas nous empêcher de construire ici et là des tours à taille humaine, adaptées au défi climatique, destinés à divers usages et évitant ainsi l'étalement urbain qui fait reculer les terres agricoles. Le Grand Paris doit définir ses priorités en matière de construction : des logements pour ceux qui font la croissance de notre territoire, et non des hyper centres commerciaux d'un autre âge de type EuropaCity. Il est aussi essentiel de repenser le logement social, dont le taux de rotation (4%) est beaucoup trop insuffisant pour tenir compte de la précarité des vies professionnelles actuelles et permettre un meilleur accès à l'habitat. Pourquoi ne pas promouvoir un système d'aide au logement permettant aux classes moyennes de se loger dans le secteur privé à Paris, comme c'est le cas des APL étudiantes ? Enfin, dans les quartiers les plus touristiques, nous devons réfléchir à des mesures exceptionnelles pour permettre aux Parisiens de pouvoir acheter un logement dans la ville où ils travaillent et où ils ont parfois grandi/fait leurs études. Les transactions immobilières des centre-villes doivent donc préférer les résidences principales aux résidences secondaires, tertiaires ou quaternaires, dont la multiplication risque de voir Paris ressembler à Venise et ses 54 000 âmes subissant le surtourisme toute l'année.

 

20/06/2019