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Gaz : le temps des bonnes résolutions est venu


Les conclusions du rapport d’expertise réalisé après l’explosion de la rue de Trévise survenue le 12 janvier dernier (4 morts dont deux pompiers, 66 blessés, près de 1000 sinistrés) appellent trois séries de remarques. Premièrement, la gouvernance du réseau de gaz doit être revue et la Ville de Paris doit s’y impliquer bien davantage. Comme je l’avais indiqué au Parisien au lendemain de la tragédie, la gestion de cette infrastructure est divisée entre des acteurs très différents et dont le dialogue est beaucoup trop insuffisant. En expliquant la rupture de la canalisation de gaz par un affaissement du trottoir et une mauvaise collecte des eaux usées dans la copropriété, les experts mettent ainsi en cause les services municipaux, l’entreprise de travaux diligentée par ces derniers, mais aussi le syndic, pour son manque de réactivité sur l’origine du sinistre. La prévention du risque gaz implique donc une réelle coordination de ces acteurs, aux côtés de GRDF. Nous en sommes encore loin, puisque la commission supérieure de contrôle du gaz (CSCG), présidée par la mairie de Paris en tant que propriétaire du réseau, se réunit tout au plus trois fois par an (1 fois en 2019...). Dans une lettre adressée récemment à la maire-adjointe chargée de l’énergie, Célia Blauel, j’avais appelé à un rythme de réunion plus régulier, à une association de tous ces interlocuteurs jusqu’ici peu consultés (artisans, syndics, sous-traitants…) et enfin, à une publicité totale des échanges de la CSCG. Le rapport d’expertise révélé hier donne à ces pistes un caractère d’urgence. N'attendons pas la mise en place d'un nouveau comité de pilotage (prévu par le nouveau contrat Ville/GRDF) pour renforcer le rôle des outils existants. Deuxièmement, cette fragmentation des responsabilités ne doit pas aboutir à la stratégie de défausse des uns envers les autres, comme on l’a vu sur d’autres drames. A moins de trois mois des élections municipales, gardons-nous de trouver des coupables tout désignés en oubliant les défauts de notre réseau de gaz et dont le concessionnaire a récemment pris la véritable mesure. En effet, les investissements annuels réalisés par GRDF pour le renouvellement des installations ont fortement cru suite au sinistre de la rue de Trévise (700 M€/15 ans dans le nouveau contrat de concession contre 41,6 M€ par an jusqu'à aujourd'hui). Cette augmentation de l’effort de remplacement des matériaux était d’autant plus nécessaire que le traitement d’un kilomètre de réseau implique une dépense d’environ un million d’euros et que le réseau parisien représente 1938 kilomètres. Par ailleurs, 10% dudit réseau a plus de 50 ans, ce qui fait de l’infrastructure parisienne l'une des plus vieilles de France. Afin de renforcer la confiance de l’opinion dans la filière gaz, GRDF serait bien inspiré d’accélérer la cartographie des zones à risque et de mieux rendre compte de l’état d’avancement de son renouvellement. A l’heure de l’open data et de la géolocalisation, la mise en ligne des informations sur l’âge, le matériau et la fiabilité des canalisations, quartier par quartier, constitue ainsi une priorité. Enfin, cette catastrophe meurtrière appelle des réponses de court terme. Avant les prochaines échéances municipales, la mairie de Paris doit commander un audit de la voirie et de ses liens avec les copropriétés. Cette étude, qui nécessitera plusieurs mois, semble indispensable au regard des conclusions du rapport d’expertise. Dans la foulée des élections, le nouveau conseil de Paris devrait aussi lancer une mission d’information et d’évaluation (MIE) consacrée aux réseaux collectifs (eau, gaz, électricité, chauffage urbain, réseau de froid…), dont le but viserait deux enjeux : la sécurité du consommateur et la transition écologique. Ayant bénéficié des innovations industrielles du XIXème siècle, Paris doit désormais accueillir les installations pionnières que le numérique et l’intelligence artificielle nous promettent. Bien qu’il soit technique et complexe, l’enjeu de l’énergie urbaine mérite qu’on lui accorde plus d’attention, en dehors des polémiques politiciennes, en sachant partager et assumer ses responsabilités.

 

31/12/2020